This text is also available in English below, after the French version of the article. Please feel free to play the mix while reading the article.
Recto / Verso : qu’est-ce que c’est ?
Recto / Verso est une émission de radio mensuelle d’une heure, qui alterne entre deux formats.
Les mois Recto, je réalise un mix. Il est ancré dans la musique électronique, construit comme une histoire. Chaque épisode part d’un thème, d’une idée, d’un fil conducteur qui traverse la sélection. Le mix est accompagné d’un billet sur mon blog, celui que vous êtes en train de lire, qui revient sur les recherches et les réflexions qui l’ont nourri.
Les mois Verso, l’heure est confiée à un invité. Pas un DJ, mais quelqu’un qui travaille dans la musique sans être nécessairement sous les projecteurs : un compositeur de musique de film ou de jeu vidéo, un ingénieur de mastering, un curateur musical, un critique, un théoricien. Carte blanche : une heure entière, ou deux invités qui se partagent trente minutes chacun. Pas de brief, pas de thème imposé, simplement une sélection de musiques qu’ils aiment. L’épisode est accompagné d’une courte interview écrite, publiée sur mon blog, dans laquelle l’invité parle de son travail et de ses choix.
Chaque mois, une heure. Un mois sur deux, un autre versant. L’émission est diffusée sur la radio indépendante suédoise Retreat (https://www.retreatradio.net/).
Les visuels de Recto / Verso
Lorsque j’ai commencé à réfléchir au format de Recto / Verso, j’ai aussi commencé à réfléchir à la manière dont il devait se présenter visuellement. Il était important pour moi de rester fidèle à une même direction artistique tout au long de cette première saison. J’avais plusieurs idées en tête, mais c’est seulement lorsque j’ai découvert le travail de Mao Mao (alias seventymaoos) que j’ai su que j’avais trouvé exactement ce que je cherchais.
Son univers visuel est rempli d’idées incroyables, singulières et rares, toutes ancrées dans une sincérité et une franchise que j’admire profondément, et la rencontre avec son travail a immédiatement fait écho à la vision que j’avais déjà pour les épisodes de cette année. Sa capacité à maintenir une identité visuelle cohérente tout en créant des images chargées de sens, à la fois implicites et explicites, correspondait parfaitement à la polyvalence du format.
C’était donc un véritable plaisir de savoir qu’elle était partante pour m’accompagner tout au long de cette année d’émission radio.
Pour voir son travail : https://www.instagram.com/seventymaoos/
Recto / Verso – Episode 1 – « Bedroom Nostalgia«

Pour ce premier épisode entre narration et sélection musicale dans le cadre de ma résidence radio Recto/Verso, je savais assez vite et assez bien quelle musique j’avais envie de convoquer. J’avais envie de jouer la musique que j’écoutais adolescent. Par contre, ce qui était beaucoup moins évident, c’était de savoir où faire advenir cette histoire.
De par sa forme, un récit radiophonique pose un problème immédiat : il n’y a rien à regarder. Il faut donc, paradoxalement, fabriquer des images avec du son. Et c’était là, donc, ma première difficulté. Car, réciter une histoire ne suffit pas à provoquer quelques images mentales ; il faut aussi retenir l’attention, empêcher l’auditeur de retourner à cette forme d’écoute radiophonique assez particulière dans laquelle la musique peut devenir une présence presque passive, quelque chose que l’on laisse jouer pendant que l’on conduit, cuisine, travaille ou pense à autre chose. Je voulais que la musique soit écoutée comme on écoute quelqu’un parler. Ou peut-être plus exactement : comme si quelqu’un était en train de nous parler à travers elle.
Pour cela, je me suis dit qu’il me fallait un lieu, et ce lieu est devenu la chambre.
La chambre d’adolescent est probablement l’un des premiers endroits où l’on apprend à être seul sans nécessairement être malheureux de l’être. C’est un endroit où l’on peut fermer une porte, mettre un casque, allumer une chaîne hi-fi, empiler des CD, des magazines, des livres, des vêtements, des objets dont on ne sait déjà plus très bien pourquoi on les conserve, et avoir soudain l’impression que cette accumulation constitue une sorte de portrait de soi. La chambre est à la fois un refuge et une exposition permanente de ce que l’on est en train de devenir.
C’est dans une chambre d’enfant, d’ado, et même après que les choses se fabriquent, que les choses se font. Dans l’exemple de la chambre d’ado qui est au centre de mon récit radiophonique, la plupart des gens se sont construits une identité. On y fabrique ses goûts, ses obsessions, ses hontes, ses imaginaires, ses premières formes d’intimité. C’est là aussi que l’on s’échappe, que l’on s’égare, que l’on peut être soi sans avoir à expliquer à personne ce que signifie être soi. C’est précisément pour cela que la chambre d’adolescent possède une charge symbolique aussi forte : chacun peut y projeter sa propre chambre, même si celle-ci, celle du mix, n’a jamais ressemblé à la vôtre.
J’avais donc l’idée de ma sélection musicale : les musiques d’adolescence
J’avais aussi le lieu : une chambre
Et j’avais aussi une image ou disons plutôt un souvenir qui avait fini par prendre la forme d’une image, l’image d’un après-midi de la fin de mon adolescence.
Je devais avoir 18 ans, j’avais récupéré une compilation des Inrockuptibles, qui devait s’appeler quelque chose comme Les trésors cachés de la musique rock, ou un titre suffisamment proche pour que ma mémoire ait aujourd’hui décidé de ne plus faire la différence. C’était une double compilation, une centaine de morceaux peut-être. Je l’avais commencée presque méthodiquement, morceau après morceau, avec cette sensation assez extraordinaire, propre à certaines périodes de la vie, de découvrir que le monde était beaucoup plus vaste que ce que l’on croyait. Neuf fois sur dix, j’écoutais quelque chose que je n’avais jamais entendu.
Puis ce titre, Mexican Bandits, de Felt, a commencé.
Dehors, il faisait beau. Un vrai beau temps d’été, mais surtout un beau temps silencieux : les oiseaux, quelques bruits de nature, ceux d’une maison située dans un petit village où le monde non humain possède encore la possibilité de se faire entendre. La fenêtre était grande ouverte. Et la musique de Felt est arrivée dans cette pièce, dans cette lumière, dans cet après-midi précis.
Et quelque chose s’est produit.
Je pourrais appeler cela une épiphanie, même si le mot paraît presque trop grand pour décrire une expérience aussi minuscule. C’était plutôt une félicité extrêmement simple, presque inexplicable : la sensation d’être exactement à l’endroit où il fallait être, au moment où il fallait y être, en train d’écouter précisément cette musique-là. Je ne savais pas vraiment ce qui m’arrivait, et je crois que c’est peut-être une des caractéristiques essentielles de ces moments : ils ont lieu avant que nous ayons eu le temps de les interpréter.
J’ai écouté le morceau encore et encore cet après-midi-là.
Il n’y avait pas même de voix dans ce morceau pour venir raconter quoi que ce soit. Seulement cette suite d’accords qui semblait avancer tout en restant sur place, comme si elle tournait elle aussi en boucle. Une musique qui donne l’impression de se prolonger vers quelque chose d’infini alors qu’elle ne fait, techniquement, que répéter une forme.
C’est peut-être pour cela qu’elle est restée.
Aujourd’hui, lorsque je réécoute Mexican Bandits, je retrouve immédiatement cette après-midi. Mais je ne la retrouve évidemment pas vraiment. C’est là toute l’étrangeté de la mémoire : elle nous rend quelque chose tout en nous empêchant définitivement de le récupérer.
Je ressens encore le bonheur ressenti de cet après-mid, mais avec une distance. Quelque chose de lointain, presque comme le souvenir d’une personne que j’aurais très bien connue autrefois et que je reconnaîtrais aujourd’hui sans être capable de dire exactement ce que nous avions été l’un pour l’autre.
Le moment est encore là, quelque part, mais il n’est plus accessible de la même manière. Il reste une marque, une trace déposée quelque part dans le fond du corps, à un endroit dont je serais incapable de donner le nom.
C’est probablement à partir de là qu’est née l’idée de l’épisode Bedroom Nostalgia.
J’avais envie de raconter l’histoire de quelqu’un qui retourne dans sa vieille chambre d’adolescent et qui, en retrouvant certains objets (des CD, des magazines, des vinyles), retrouve aussi les musiques qui accompagnaient cette période de sa vie. L’idée n’était pas simplement de faire entendre une collection de morceaux nostalgiques, mais de faire de cette sélection musicale une forme de narration.
Pour moi, c’était, surtout, une expérimentation.
Je voulais essayer autre chose que cette logique assez naturelle du DJing qui consiste à faire se fondre les morceaux les uns dans les autres, à trouver des correspondances de rythmes, de textures, de tonalités, à construire une continuité musicale dans laquelle le passage d’un morceau à l’autre devient presque invisible. Ici, au contraire, je voulais que les morceaux aient quelque chose à raconter. Ou plutôt qu’ils racontent en étant sélectionnés, rapprochés, déplacés, recontextualisés.
La sélection devait donc devenir une écriture.
Ce qui m’intéressait n’était pas uniquement ce que ces morceaux étaient, mais ce qu’ils devenaient une fois placés les uns à côté des autres, dans cette chambre, dans cette mémoire, dans cette histoire.
Il y a certainement des choses que j’aurais pu ajuster pour rendre le mix plus propre, plus précis, plus maîtrisé. Je pourrais probablement passer encore des heures à corriger des transitions, reprendre certains niveaux, modifier certains enchaînements. Mais après avoir passé suffisamment de temps à travailler sur cette heure de musique, l’imperfection que j’entends encore ne me paraît finalement pas être un défaut. en fait, elle fait partie de l’objet lui-même. Parce que le souvenir lui-même est imparfait. Il est troué, déformé, approximatif. Il ne fonctionne pas comme une archive ; il fonctionne davantage comme une matière vivante qui se recompose chaque fois qu’on tente de la retrouver. Je me dis même qu’un mix consacré à la mémoire ne pouvait pas être entièrement lisse sans devenir, d’une certaine manière, moins honnête.
Il fallait aussi trouver la bonne langue pour raconter tout cela.
J’avais d’abord enregistré certaines parties en anglais, mais quelque chose n’allait pas. Ce n’était pas simplement une question de prononciation ou de confort. J’avais l’impression de raconter une histoire qui appartenait à quelqu’un d’autre. Peut-être parce que l’anglais n’est pas ma langue maternelle. Peut-être surtout parce que ce n’était pas la langue dans laquelle j’avais entendu cette histoire dans ma tête.
Alors j’ai tout réenregistré en français (et merci à mon ami Antoine de m’avoir aidé à gommer le bruit blanc lié à l’enregistrement micro).
En français, la différence a été immédiate. La voix était moins parfaite, sans doute, mais elle était davantage la mienne. Plus naturelle, plus hésitante aussi. Il y a des mots mal articulés, des respirations que j’aurais pu reprendre, des moments où je cherche légèrement ma phrase. Parler dans un micro est un exercice auquel je suis assez étranger, et ce nombre de maladresse m’a finalement appris quelque chose : comment parler, comment laisser une voix exister sans essayer de la rendre artificiellement meilleure qu’elle n’est. Il faudra peut-être apprendre à mieux le faire plus tard, mais il fallait d’abord le faire.
Bedroom Nostalgia est donc, en apparence, l’histoire assez simple de quelqu’un qui retourne dans sa chambre d’adolescent et retrouve les musiques qu’il écoutait lorsqu’il était plus jeune, mais ce qui m’intéressait réellement était ailleurs : dans l’écart entre le souvenir et ce qui a réellement eu lieu.
Nous avons tendance à croire que nos souvenirs sont des conservations du passé. Ils ne le sont pas. Ce sont plutôt des peintures de moments vécus, sauf qu’une peinture n’est jamais le moment lui-même. Elle en conserve certaines formes, certaines couleurs, certaines impressions, mais elle les transforme nécessairement. C’est exactement ce qui arrive aux musiques.
Lorsque je réécoute aujourd’hui les morceaux que j’écoutais adolescent, je n’entends plus exactement les mêmes morceaux. Bien sûr, techniquement, ce sont les mêmes enregistrements. Mais l’écoute, elle, a changé. Moi aussi. Tout ce qui s’est produit entre l’adolescent qui les découvrait et l’adulte qui les réécoute s’est déposé dessus : les années, les expériences, les autres musiques, les autres personnes, les pertes, les découvertes, les enthousiasmes, les déceptions. Le morceau est devenu chargé de choses qu’il ne contenait pas auparavant.
Alors j’ai voulu que les musiques de Bedroom Nostalgia soient elles-mêmes des versions transformées de ces souvenirs. Des edits, des remixes, des interpolations, des versions ralenties, réverbérées, déplacées. Des morceaux qui ressemblent à leur souvenir plutôt qu’à leur réalité.
C’était une manière assez littérale de faire entendre ce que fait la mémoire : elle ralentit certaines choses, en accélère d’autres, en efface des parties, en répète certaines jusqu’à leur donner une importance qu’elles n’avaient peut-être pas sur le moment. Elle ajoute de la réverbération là où il n’y en avait pas. Elle transforme un détail insignifiant en événement fondateur. Elle prend un après-midi quelconque et, des années plus tard, en fait une scène presque mythologique.
La nostalgie vient probablement de là. Elle n’est pas seulement le plaisir de se souvenir. Elle est aussi la conscience douloureuse, même lorsqu’elle reste douce, que le souvenir ne nous rendra jamais exactement ce qu’il nous promet.
Il nous donne une émotion, mais pas le moment. Il nous donne une image, mais pas ce qui se trouvait derrière l’image. Peut-être est-ce précisément pour cela que nous continuons à écouter. Parce que nous savons que quelque chose a disparu, tout en ayant la possibilité étrange de le faire réapparaître pendant trois minutes, quatre minutes, six minutes, sous une forme nécessairement différente.
Tout change. Tout se transforme à mesure que le temps passe. Nous changeons, notre écoute change, et les choses que nous avons aimées se chargent progressivement d’autres choses : d’autres énergies, d’autres images, d’autres personnes, d’autres versions de nous-mêmes.
C’est pourquoi je n’ai pas voulu utiliser les morceaux tels qu’ils existaient alors, mais uniquement leurs transformations.
Les musiques du mix sont donc déjà des souvenirs de souvenirs.
Maintenant, si l’on veut vraiment savoir si le personnage de Bedroom Nostalgia, c’était moi, la réponse est probablement oui, ou seulement en partie, cle personnage qui retourne dans cette chambre n’est déjà plus exactement celui qui y vivait. Moi-même, lorsque je raconte cette histoire aujourd’hui, je ne suis plus exactement celui qui a ouvert cette compilation des Inrockuptibles, ni celui qui a entendu Mexican Bandits pour la première fois, cette après-midi d’été, fenêtre grande ouverte.
Ce garçon existe encore quelque part, bien sûr, mais il existe comme la musique existe dans la mémoire : sous une autre forme. Ce conteur est peut-être alors cette autre version de moi-même que Bedroom Nostalgia essaie de faire entendre : une version éditée, transformée, ralentie, réverbérée. Une version dont il reste quelque chose qu’il faut sans doute écouter, à présent, avec un peu de nostalgie.
In english
What is Recto/Verso about?
Recto / Verso is a monthly radio show, one hour long, that alternates between two formats.
On Recto months, I make a mix. It’s rooted in electronic music, built like a story. Each episode has a theme, an idea, a thread that runs through the selection. The mix is accompanied by a blog post (the one you are currently reading) that explains the research and the thinking behind it.
On Verso months, the hour is handed to a guest. Not a DJ, but someone who works in music without necessarily being in the spotlight: a film or game composer, a mastering engineer, a music curator, a critic, a theorist. They get carte blanche: one hour, or two guests sharing thirty minutes each. No brief, no theme imposed, just a selection of music they love. The episode is accompanied by a short written interview published on my blog, where the guest talks about their work and their choices.
Every month, one hour. Every other month, a different side. It’s broadcasted on the Swedish independent radio, Retreat (https://www.retreatradio.net/).
About the visual direction of Recto / Verso
When I first started thinking about the Recto/Verso format, I also started thinking about how it should look. Staying true to a single artistic direction across this entire first season mattered to me. I had several ideas in mind, but it was only when I came across the work of Mao Mao (aka seventymaoos) that I knew I’d found exactly what I was looking for. Her visual style is packed with ideas that are incredible, unique, and rare, all rooted in a sincerity and candor I deeply admire, and it immediately clicked with the vision I already had for this year’s episodes. Her gift for maintaining a consistent visual identity while creating images layered with both implicit and explicit meaning was a perfect match for the format’s versatility. So it was a real pleasure to know she was on board to work with me throughout this year of the radio show.
Check out her work: : https://www.instagram.com/seventymaoos/
Recto / Verso – Episode 1 – « Bedroom Nostalgia«

For this first episode, somewhere between narration and musical selection, as part of my radio residency Recto/Verso, I knew fairly quickly, and fairly clearly, what music I wanted to bring into the mix. I wanted to play the music I listened to as a teenager. What was much less obvious, however, was where to make this story take place.
By its very nature, a radio narrative presents an immediate problem: there is nothing to look at. So, paradoxically, you have to create images with sound. And that was my first difficulty. Because simply telling a story is not enough to conjure a few mental images; you also have to hold the listener’s attention, prevent them from slipping back into that rather particular form of radio listening in which music can become an almost passive presence, something you leave playing while you drive, cook, work, or think about something else. I wanted the music to be listened to in the same way you listen to someone speaking. Or perhaps, more precisely: as if someone were speaking to us through it.
For that, I thought I needed a place, and that place became the bedroom.
A teenager’s bedroom is probably one of the first places where we learn how to be alone without necessarily being unhappy about it. It is a place where you can close a door, put on headphones, turn on a hi-fi system, pile up CDs, magazines, books, clothes, objects you no longer quite know why you are keeping, and suddenly have the feeling that this accumulation constitutes a kind of portrait of yourself. The bedroom is both a refuge and a permanent exhibition of what you are in the process of becoming.
It is in a child’s bedroom, a teenager’s bedroom, and even later on, that things are made, that things happen. In the example of the teenage bedroom at the centre of my radio narrative, most people have built an identity for themselves. It is where you shape your tastes, your obsessions, your shame, your inner worlds, your first forms of intimacy. It is also where you escape, where you get lost, where you can be yourself without having to explain to anyone what being yourself actually means. This is precisely why the teenage bedroom carries such a strong symbolic charge: anyone can project their own bedroom onto it, even if theirs—the one in the mix—never looked anything like yours.
So I had the idea for my musical selection: the music of adolescence.
I also had the place: a bedroom.
And I also had an image, or rather a memory that had eventually taken the form of an image: the image of an afternoon towards the end of my adolescence.
I must have been eighteen. I had got hold of a compilation from Les Inrockuptibles, which was probably called something like Les trésors cachés de la musique rock, or a title close enough that my memory has now decided not to make the distinction anymore. It was a double compilation, perhaps a hundred tracks. I started listening to it almost methodically, one track after another, with that extraordinary feeling, so particular to certain periods of our lives, of discovering that the world was much larger than we had thought. Nine times out of ten, I was listening to something I had never heard before.
Then Mexican Bandits, by Felt, began to play.
Outside, the weather was beautiful. A real summer’s day, but above all, a silent kind of beautiful weather: birds, a few sounds from nature, the sounds of a house in a small village where the non-human world still has the possibility of making itself heard. The window was wide open. And Felt’s music entered that room, that light, that particular afternoon.
And something happened.
I could call it an epiphany, although the word seems almost too grand to describe such a tiny experience. It was more like an extremely simple, almost inexplicable happiness: the feeling of being exactly where I was supposed to be, at exactly the right moment, listening to precisely that music. I did not really know what was happening to me, and I think that may be one of the essential characteristics of these moments: they happen before we have had time to interpret them.
I listened to the track again and again that afternoon.
There was not even a voice in the song to come and tell us anything. Only this succession of chords that seemed to move forward while remaining in the same place, as if it too were turning in a loop. A piece of music that gives the impression of stretching towards something infinite even though, technically, it is only repeating a form.
Perhaps that is why it stayed.
Today, when I listen to Mexican Bandits again, I immediately find that afternoon. But of course, I do not really find it again. That is the strange thing about memory: it gives something back to us while permanently preventing us from retrieving it.
I can still feel the happiness I felt that afternoon, but with a distance. Something far away, almost like the memory of a person I once knew very well, whom I would recognise today without being able to say exactly what we had been to one another.
The moment is still there, somewhere, but it is no longer accessible in the same way. It remains a mark, a trace deposited somewhere deep in the body, in a place whose name I would be unable to give.
It was probably from there that the idea for the episode Bedroom Nostalgia was born.
I wanted to tell the story of someone returning to their old teenage bedroom and, finding certain objects again—CDs, magazines, vinyl records—also finding the music that accompanied that period of their life. The idea was not simply to play a collection of nostalgic tracks, but to turn that musical selection into a form of narration.
For me, above all, it was an experiment.
I wanted to try something other than the fairly natural logic of DJing, which consists in making tracks flow into one another, finding correspondences between rhythms, textures, tonalities, constructing a musical continuity in which the transition from one track to another becomes almost invisible. Here, on the contrary, I wanted the tracks to have something to tell. Or rather, I wanted them to tell something through the way they were selected, brought together, displaced, and recontextualised.
The selection therefore had to become a form of writing.
What interested me was not only what these tracks were, but what they became once placed next to one another, in that bedroom, in that memory, in that story.
There are certainly things I could have adjusted to make the mix cleaner, more precise, more controlled. I could probably spend hours more correcting transitions, readjusting certain levels, changing certain sequences. But after spending enough time working on this hour of music, the imperfection I can still hear no longer seems to me to be a flaw. In fact, it is part of the object itself. Because memory itself is imperfect. It is full of holes, distorted, approximate. It does not function like an archive; it functions more like a living substance that recomposes itself every time we try to retrieve it. I even think that a mix devoted to memory could not be completely smooth without becoming, in some way, less honest.
I also had to find the right language in which to tell all of this.
I had initially recorded some parts in English, but something was wrong. It was not simply a question of pronunciation or comfort. I felt as though I were telling a story that belonged to someone else. Perhaps because English is not my native language. But perhaps, above all, because it was not the language in which I had heard this story in my head.
So I recorded everything again in French (and thanks to my friend Antoine for helping me remove the white noise from the microphone recording).
In French, the difference was immediate. The voice was less perfect, undoubtedly, but it felt more like mine. More natural, more hesitant too. There are words that are not articulated properly, breaths I could have recorded again, moments when I slightly struggle to find my sentence. Speaking into a microphone is something I am still quite unfamiliar with, and this number of imperfections ultimately taught me something: how to speak, how to let a voice exist without trying to make it artificially better than it is. Perhaps I will have to learn how to do it better later on, but first, I had to do it.
Bedroom Nostalgia is therefore, on the surface, the fairly simple story of someone returning to their teenage bedroom and rediscovering the music they listened to when they were younger, but what really interested me was somewhere else: in the gap between the memory and what actually happened.
We tend to believe that our memories are ways of preserving the past. They are not. They are more like paintings of moments we have lived through, except that a painting is never the moment itself. It preserves certain shapes, certain colours, certain impressions, but it necessarily transforms them. That is exactly what happens to music.
When I listen again today to the tracks I listened to as a teenager, I no longer hear exactly the same tracks. Of course, technically, they are the same recordings. But the listening has changed. So have I. Everything that happened between the teenager who discovered them and the adult who listens to them again has settled onto them: the years, the experiences, the other music, the other people, the losses, the discoveries, the enthusiasms, the disappointments. The track has become charged with things that were not there before.
So I wanted the music in Bedroom Nostalgia to be transformed versions of those memories themselves. Edits, remixes, interpolations, slowed-down, reverberated, displaced versions. Tracks that resemble their memory rather than their reality.
It was a fairly literal way of making audible what memory does: it slows certain things down, speeds others up, erases parts of them, repeats certain things until they acquire an importance they may not actually have had at the time. It adds reverb where there was none. It turns an insignificant detail into a founding event. It takes an ordinary afternoon and, years later, turns it into an almost mythological scene.
That is probably where nostalgia comes from. It is not only the pleasure of remembering. It is also the painful awareness, even when it remains gentle, that the memory will never give us back exactly what it promises.
It gives us an emotion, but not the moment. It gives us an image, but not what was behind the image. Perhaps that is precisely why we keep listening. Because we know that something has disappeared, while having the strange possibility of making it reappear for three minutes, four minutes, six minutes, in a necessarily different form.
Everything changes. Everything transforms as time passes. We change, our listening changes, and the things we have loved gradually become charged with other things: other energies, other images, other people, other versions of ourselves.
That is why I did not want to use the tracks as they existed then, but only their transformations.
The music in the mix is therefore already memories of memories.
Now, if we really want to know whether the character in Bedroom Nostalgia was me, the answer is probably yes, or only partly. The character who returns to that bedroom is already no longer exactly the person who lived there. I myself, when I tell this story today, am no longer exactly the person who opened that Les Inrockuptibles compilation, nor the person who heard Mexican Bandits for the first time, that summer afternoon, with the window wide open.
That boy still exists somewhere, of course, but he exists in the way music exists in memory: in another form. Perhaps this narrator is then another version of myself that Bedroom Nostalgia is trying to make audible: an edited, transformed, slowed-down, reverberated version. A version of which something remains, something that perhaps needs to be listened to now, with a little nostalgia.
