Reco(s) est un digest culturel mensuel dans lequel je partage, au début de chaque mois, les livres, podcasts, jeux vidéo, films et autres contenus qui m’ont marqué le mois précédent, des découvertes qui, selon moi, méritent qu’on s’y attarde un peu.
Un format simple et personnel pour parler de ce que je regarde, écoute, lit ou joue, et donner envie d’explorer de nouvelles choses.
[ARTICLE] Le folk horror à travers le monde | Part. III
En août dernier, la chroniqueuse Hauntya achevait son triptyque d’articles consacré au folk horror sur Point’n Think, un site particulièrement intéressant dédié à l’analyse du jeu vidéo.

Le folk horror, nous rappelle cet article, n’est finalement pas tellement une affaire de monstres. C’est une affaire de gens, de lieux, de coutumes et surtout de choses qu’on ne devrait probablement pas regarder de trop près.
Cette troisième traversée du monde vidéoludique passe de l’Espagne religieuse et monstrueuse de Blasphemous à la Russie glaciale d’Indika, puis aux paysages hantés de Hellblade, avant de bifurquer vers la France, le Québec, l’Indonésie et la Malaisie. Partout, le même malaise : ce qui fait peur n’est pas nécessairement l’inconnu, mais une culture dont on ne possède pas les règles.
Et c’est là que le sujet devient plus intéressant. Le folk horror permet aux jeux vidéo de faire quelque chose que le médium fait encore trop rarement : raconter un pays depuis l’intérieur, avec ses fantômes, ses rites, ses langues, ses traumatismes et ses vieilles histoires que personne ne trouve étranges parce que tout le monde les connaît déjà.
Le problème, évidemment, c’est que cette singularité culturelle est précisément ce qui peut effrayer les éditeurs. Trop local, donc potentiellement invendable. Trop universel, et l’on finit avec un jeu qui pourrait se passer absolument n’importe où.
Bref : même les fantômes ont des problèmes de localisation.
Et pour terminer, lisez les deux autresarticles d’Hauntya à ce sujet, ils sont super enrichissants : partie I, partie II, partie III.
[FILM DOCU] La bête lumineuse (1982) de Pierre Perrault
En 1982, Pierre Perrault emmène sa caméra dans les forêts québécoises avec quelques hommes venus faire ce que les hommes font apparemment depuis qu’ils ont découvert qu’un fusil pouvait être tenu d’une seule main : chasser, boire, raconter des histoires et, accessoirement, mesurer leur valeur respective à l’aune de leur capacité à ne pas paraître vulnérables.
Le principe est simple : trouver l’orignal. Ce qui se passe réellement est beaucoup plus compliqué.
Car La bête lumineuse est moins un film documentaire sur la chasse qu’un film sur ce curieux mécanisme par lequel un groupe d’hommes, livré à lui-même dans une cabane au milieu des bois, finit par fabriquer ses propres règles, ses propres hiérarchies et, surtout, sa propre victime. La forêt elle reste là, immense et indifférente, comme si elle savait déjà que la véritable bête n’attendait pas quelque part entre deux arbres.
C’est peut-être cela qui rend le film si inconfortable : on entre en pensant regarder des chasseurs traquer un animal et l’on réalise progressivement qu’on assiste à une chasse beaucoup plus ancienne, beaucoup plus humaine : celle qui consiste à trouver, dans un groupe, celui qu’il sera permis de faire souffrir. C’est à la fois superbe et inconfortable.
La bête lumineuse , Pierre Perrault , offert par l’Office national du film du Canada
