Reco(s) est un digest culturel mensuel dans lequel je partage, au début de chaque mois, les livres, podcasts, jeux vidéo, films et autres contenus qui m’ont marqué le mois précédent, des découvertes qui, selon moi, méritent qu’on s’y attarde un peu.
Un format simple et personnel pour parler de ce que je regarde, écoute, lit ou joue, et donner envie d’explorer de nouvelles choses.
[JEU VIDÉO/OEUVRE NUMÉRIQUE] Vaskange.world
Je ne saurais vous dire si Vaskange.world est un jeu ou tout autre chose car le projet (réalisé par l’artiste Vaskange lui-même) refuse obstinément de vous offrir ce que les œuvres numériques proposent d’ordinaire : un objectif, un score, une destination. Vous entrez, vous marchez, vous zoomez. Et soudain vous réalisez que cela fait vingt minutes que vous poursuivez une minuscule silhouette aperçue dans un coin du dessin, sans savoir pourquoi. Puis vous comprenez que cette absence de raison est précisément la raison de votre présence.
Le plus fascinant n’est pas l’immensité du dessin, ni la virtuosité technique, mais la manière dont il transforme votre regard. À force de chercher des détails, vous cessez de consommer des images pour recommencer à les habiter. C’est un monde qui ne vous récompense pas avec des notifications ou des trophées ; il récompense une faculté devenue rare : l’attention.
On en ressort avec cette sensation inhabituelle d’avoir exploré moins un site qu’un état d’esprit. Et dans une époque où presque tout est conçu pour accélérer votre regard, Vaskange.world a l’audace de vous demander de ralentir. C’est peut-être sa plus grande réussite.

Pour y jouer : https://www.vaskange.world/
[BANDE DESSINÉE] Âme augmenté
Ce mois de juin a été l’occasion pour moi de finir la lecture de la bande-dessinée Âme augmenté de Ezra Claytan Daniels.
Cette très belle œuvre dessinée m’a laissé avec cette sensation étrange, vous savez, celle où une œuvre semble parler d’un futur technologique alors qu’elle dissèque en réalité quelque chose de beaucoup plus ancien et embarrassant : notre besoin presque maladif d’être complets.
Je l’ai lue comme on regarde son propre reflet dans une vitre la nuit, en distinguant à la fois le paysage et son visage. Les implants, les améliorations, les promesses d’optimisation ne sont jamais seulement des outils ; ils deviennent des miroirs. Et ce que cette BD révèle, avec une lucidité parfois inconfortable, c’est que nos manques survivent souvent à toutes les mises à jour.
Je recommande 1000 fois.



[PODCAST] Les mondes et les peuples de la fantasy
Il y a quelque chose d’étrange dans la fantasy. Non pas les dragons ou les royaumes imaginaires, mais le fait que, comme des millions d’autres adultes, nous consacrons encore une part de notre esprit à des mondes qui n’existent pas. Et je fais partie, bien évidemment, de ces adultes.
C’est précisément cette singularité que j’ai retrouvée dans l’émission Les mondes et les peuples de la fantasy, diffusée par Radio France et réalisée par LSD, a.k.a la série documentaire.
En quatre épisodes, la série cherche moins à définir ce qu’est la fantasy qu’à comprendre pourquoi nous continuons à inventer des univers parallèles. Comme si l’imagination n’était pas simplement une échappatoire, mais une fonction essentielle de notre rapport au monde.
Le premier épisode amène à réfléchir à la place du merveilleux aujourd’hui. Le deuxième s’attarde sur l’art du worldbuilding et montre à quel point la création d’un univers crédible repose autant sur l’histoire, la sociologie ou la linguistique que sur l’imagination elle-même.
Puis viennent les jeux de rôle, où la fantasy cesse d’être seulement racontée pour être vécue collectivement. Les mondes fictifs deviennent alors des espaces de coopération, de conflit et d’improvisation, dans lesquels chacun participe à la construction du récit.
Enfin, la série interroge le pouvoir même du genre. Derrière les prophéties, les quêtes et les créatures fantastiques se cache une question plus profonde : pourquoi avons-nous besoin d’inventer des ailleurs ?
Au fil des épisodes, une réponse semble émerger. Les mondes imaginaires ne nous éloignent pas du réel. Ils nous offrent plutôt une autre manière de le regarder, de l’interroger et parfois même de le comprendre.
Ce que j’ai particulièrement apprécié dans cette série, c’est sa manière d’aborder ces questions à travers les témoignages d’experts comme d’amateurs. On entre dans leurs univers, dans leurs espaces de création et de jeu, et l’on suit les réflexions qui se tissent entre les différentes voix. À mesure que les discussions avancent, j’ai eu l’impression que la série touchait surtout à ce qui constitue peut-être la véritable magie de la fantasy : non pas nous faire croire aux dragons, mais nous rappeler qu’un autre monde demeure toujours imaginable.
Le podcast : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-les-mondes-et-les-peuples-de-la-fantasy
[DOCUMENT] Panorama Musique et Jeu Vidéo (mis en ligne par la Sacem)
On pourrait croire qu’il s’agit d’un rapport sur la musique dans le jeu vidéo. Ce serait passer à côté de l’essentiel. Ce panorama raconte surtout l’histoire d’une relation longtemps considérée comme secondaire, alors qu’elle façonne notre manière de jouer, de ressentir et même de nous souvenir. Derrière les chiffres, les entretiens et les analyses, ce panorama réalisé par la Sacem révèle un paradoxe : la musique est souvent invisible dans les budgets, mais omniprésente dans nos mémoires. Un document qui invite à regarder le jeu vidéo et la musique non pas comme une simple industrie, mais comme un langage où chaque note participe à la construction du monde.

Le document : https://www.societe.sacem.fr/actuimg/fr/live/v4/La-Sacem/Actualites/2026/Panorama_Sacem_Musique_et_jeu_video.pdf
